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Entretien avec Mohammed Malki

L’hebdomadaire Politis s’est entretenu avec Mohammed Malki, directeur d’Accordages et auteur du guide L’intergénération, une démarche de proximité, sur les raisons de l’essor de l’intergénération, ses valeurs, les obstacles et les perspectives de développement.

« Rendre aux personnes âgées leur rôle social »

Mohammed Malki est le directeur de l’association Accordages, plate-forme de ressources sur l’intergénération. Elle met en lien les acteurs du secteur, et propose un accompagnement sur des projets.

Politis : Les initiatives intergénérationnelles se multiplient en France ces dernières années. Comment expliquer un tel essor ?

Mohammed Malki : D’abord, la société française vieillit : les plus de 60 ans sont aujourd’hui 13 millions en France, ils seront vraisemblablement 17 millions en 2025.

D’autre part, la population retraitée a beaucoup évolué par rapport aux générations précédentes : elle est en meilleure santé, plus active, mieux formée, et a surtout des chances de vivre très longtemps. Une personne âgée de 60 ans peut aujourd’hui espérer vivre encore 25 ans : dès lors, il y a une vie après la cessation d’activités professionnelles, qui ne consiste pas à simplement attendre la fin.

Ces nouveaux retraités désirent rester impliqués dans la vie collective. Un défi difficile, lorsqu’on se trouve au carrefour entre le monde des actifs et celui des personnes très âgées, et que la société a tendance à vous renfermer sur votre propre groupe et à vous imposer des activités et services d’un autre âge - si l’on peut dire !

L’intergénération vise précisément à faire valoir cette évolution sociologique et démographique, en favorisant la fluidité des parcours de vie, la rencontre et les échanges entre les générations. Elle vise enfin à rendre aux personnes âgées leur rôle social, à sortir de l’idée selon laquelle la vieillesse serait un handicap pour la société. Et à mettre en lumière, au contraire, la richesse de cette génération qui représente une part croissante de la société française.

Les rencontres intergénérationnelles existent depuis longtemps, notamment au sein des maisons de retraite. En quoi l’intergénération a-t-elle évolué ces dernières années ?

Au départ, l’intergénérationnel consistait surtout à créer la rencontre entre générations, autour d’une occasion conviviale et ponctuelle - du type goûter ou spectacle réunissant écoliers et pensionnaires de maisons de retraite.

Depuis, le champ des actions s’est considérablement élargi, et l’on a vu apparaître de nombreux projets à plus long terme, qui s’inscrivent dans une demande sociale et répondent à des objectifs ambitieux dans de nombreux domaines : du loisir à l’environnement, en passant par l’éducation, la santé ou l’habitat.

Il peut s’agir, par exemple, d’un travail collectif sur la mémoire d’un quartier, de l’aide à l’insertion de jeunes par des retraités, de l’accompagnement des personnes âgées par des jeunes lors de séjours courts, de la diffusion de la culture scientifique auprès d’enfants grâce à la collaboration de seniors... Autant d’occasions de restaurer la solidarité entre générations au-delà du cadre de la famille, de lutter contre la stigmatisation des personnes âgées - et aussi contre celle des jeunes - et de mettre en lumière les bienfaits de la longévité, la possibilité d’apprendre, d’innover et de partager son savoir à tout âge.

Les nouveaux concepts d’habitat intergénérationnel s’inscrivent donc dans ce contexte ?

La question de l’habitat est apparue très récemment dans le domaine de l’intergénération. Elle émane en particulier des problèmes liés au maintien des personnes âgées chez elles. Dans certaines cités HLM, celles-ci ne peuvent même plus sortir : elle vivent au 5e étage d’une tour, avec un ascenseur qui fonctionne mal, et dans un environnement extérieur conçu pour la voiture, pauvre en commerces de proximité.

Dans ce contexte, une prise de conscience se fait jour progressivement, parmi les bailleurs et les services d’aide à domicile, de la nécessité de favoriser l’autonomie à domicile. Celle-ci ne doit pas se réduire à un réaménagement du logement et à l’arrivée d’une aide ; elle implique de pouvoir sortir de chez soi, faire des achats, participer à la vie du quartier.

Ce qui suppose, entre autres, une sécurisation de l’environnement, des transports appropriés, des relations de voisinage, une sociabilité de proximité... A cet égard, la résidence Générations de Saint-Apollinaire est une forme de réponse intéressante et innovante. D’autres solutions existent, comme celle, très en vogue, du partage d’appartement entre une personne âgée et un étudiant,

Ce système, proposé par plusieurs associations en France, répond à deux problématiques : l’isolement des personnes âgées et le manque de logements étudiants. C’est une très bonne idée, qui a aussi ses limites : les étudiants candidats à la cohabitation sont pour l’instant beaucoup plus nombreux que les personnes âgées, qui, malgré la solitude, reculent souvent à l’idée de partager leur logement.

Propos recueillis par Marion Léotoing
Pour Politis n°883 (5 janvier 06)


Publié le 6 février 2006
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