Résidence Générations - Dijon
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A Saint-Apollinaire, près de Dijon, la résience Générations fait cohabiter des retraités, des jeunes couples avec enfants et des personnes âgées dépendantes. Un concept d’habitat intergénérationnel ambiteux qui fait ses preuves quatre ans après son lancement. |
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Saint-Apollinaire, commune de 7 000 habitants de l’agglomération dijonnaise. Un petit bourg ancien en guise de centre ville. Quelques barres d’immeubles au loin, aux abords de Dijon. Et surtout un quartier flambant neuf de 40 hectares, de la mairie jusqu’en bordure des champs : le Val Sully, sorti de terre entre 2001 et 2002, qui a doté la commune de 600 logements et 2 000 âmes supplémentaires. Pavillons et petits immeubles modernes, parkings, espaces verts... Rien de révolutionnaire à première vue. Le quartier abrite pourtant une expérience inédite : celle de la résidence « Générations », un site conçu pour favoriser la rencontre et l’entraide entre jeunes et moins jeunes. Le principe : faire voisiner, à part égale, des retraités de plus de 60 ans et de jeunes couples avec au moins un enfant de moins de cinq ans. Les 76 logements sociaux qui forment la résidence ont ainsi été attribués, outre les critères de revenus, sur des critères d’âge, afin de favoriser la mixité générationnelle. Au total, quelque 140 locataires sont de l’aventure, auxquels viennent s’ajouter les 14 résidents du domicile collectif pour personnes physiquement dépendantes, et leurs 6 voisins du domicile protégé pour personnes psychiquement dépendantes, deux structures implantées au rez-de-chaussée de l’un des immeubles. Un accueil de jour pour personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, une halte-garderie, un relais assistante maternelle, une ludothèque, un restaurant scolaire, une salle de quartier et un point accueil services, lieu d’animation et de médiation du quartier, complètent le tableau de ce véritable « complexe » intergénérationnel. A l’origine de ce concept architectural, un constat opéré par la municipalité au milieu des années 1990 : face au vieillissement croissant de la population locale, les structures d’hébergements pour personnes âgées manqueront bientôt à Saint-Apollinaire. A l’époque, la construction du Val Sully est justement à l’ordre du jour : le maire, Rémi Delatte, imagine alors d’intégrer à l’intérieur de ce nouveau quartier un lieu de mixité générationnelle, comprenant à la fois des hébergements pour personnes âgées et des structures dédiés à la petite enfance. Pour mener à bien le projet, trois acteurs locaux mobiliseront leurs compétences autour d’un partenariat inédit : l’Opac de Dijon prendra ainsi en charge la construction et la gestion des logements, tandis que la municipalité de Saint-Apollinaire et la Fédération dijonnaise des œuvres de soutien à domicile (Fedosad) assumeront respectivement la gestion des services enfance et animations, et celle des structures gérontologiques. Cerise sur le gâteau : chaque partenaire s’engage à verser un contribution annuelle de 3 000 euros destinée à financer un programme d’animations intergénérationnelles dans le quartier. En juin 2002, « Générations » voit le jour. Du tracé des allées, qui force à la rencontre, aux interphones internes, qui relient les appartements entre eux, tout est fait pour provoquer l’entraide et au minimum le bon voisinage. Emblématique de cet « esprit village » cher à la commune, la charte « Bonjour Voisin », engagement moral de respect et d’entraide qui doit être signé par chaque locataire. « L’intergénération, ça ne se décrète pas, ça se vit », insiste Pierre-Henri Daure, directeur des établissements à la Fedosad, et l’un des piliers du projet. Trois ans après l’arrivée des premiers locataires, l’idée semble de fait avoir pris corps sur le terrain. « Les exemples d’entraide ne manquent pas : un jeune homme qui change la bonbonne de gaz de sa voisine âgée, une retraitée qui utilise chaque jour l’interphone pour savoir si son voisin a besoin d’une baguette de pain... Une autre qui garde la fille de sa jeune voisine le temps d’une course... », raconte Yvette Bourlet, employée municipale coordinatrice des animations, qui prend régulièrement le pouls du quartier dans son bureau du point accueil services. Sara (1), adolescente arrivée de l’étranger avec ses parents et son petit frère il y a 5 ans, a ainsi tiré le plus grand bénéfice de cette entraide quotidienne.« Je parlais mal le français. C’est notre voisine de palier, retraitée, qui m’a aidé dans mon apprentissage de la langue, en plus de l’école ». Plus disponibles, les personnes âgées se révèlent, dans l’ensemble, plus impliquées que les jeunes couples, pris par le travail et la gestion du quotidien. Pour attirer ces derniers, le programme d’animations, ouvert à tous les habitants de Saint-Apollinaire, mise sur des événements susceptibles de séduire jeunes et vieux : ateliers artistiques, soirées karaokés, matchs de foot projetés dans la salle de quartier, expositions, spectacles... Toute l’année, Yvette Bourlet prend soin de relancer régulièrement la dynamique. « Il est clair que pour l’instant, ces animations demeurent nécessaires pour créer la rencontre. Sans les solliciter outre mesure, il faut continuer à donner un coup de pouce aux locataires en la matière ». Au même titre que les locataires des appartements, les résidents des domiciles collectifs et protégés bénéficient des effets de ce « bon voisinage ». Du fait de l’architecture du site, d’abord : « les domiciles sont parfaitement intégrés dans les immeubles. Ils disposent d’une petite terrasse, qui donne sur les allées : les gens passent, saluent les résidents, échangent quelques mots », relève Yvette Bourlet. Intégrés au quartier, ils sont aussi partie prenante des animations coordonnées par « Générations » : « deux de nos aides médico-psychologiques (AMP) travaillent quotidiennement avec Yvette autour des animations possibles. Cela va des ateliers cuisine organisés sur place à des échanges réguliers avec les enfants de la halte-garderie, du centre de loisirs ou de l’espace jeunes, autour d’ateliers de lecture, ou du montage d’un spectacle de marionnettes », explique James Bontemps, adjoint de direction administratif, chargé des domiciles collectifs et protégés à la Fedosad. « L’idée, c’est d’habituer les petits à fréquenter des personnes âgées, ce dont ils n’ont plus forcément l’habitude aujourd’hui. Avec pour objectif de réapprendre aux générations à vivre ensemble ». D’autres échanges, moins formels, se sont créés entre locataires et résidents, tels la venue des enfants du quartier à l’occasion d’Halloween ou du carnaval, ou encore la visite régulière de certains locataires de l’immeuble. « Ce sont parfois des mamans qui s’arrêtent dire bonjour avec leurs enfants, mais le plus souvent des retraités, qui ont créé des liens avec l’un ou l’autre des résidents des domiciles. S’ils ne sont pas tout jeunes, ils sont pourtant bien plus jeunes que nos résidents : ça aussi c’est de l’intergénérationnel ! », note Marie-José Romuald, auxiliaire de vie sociale sur le domicile collectif. Dans un autre registre, les domiciles collectifs ont déjà du faire appel aux bons et loyaux services de leurs voisins : dans le cadre des normes de sécurité incendie, quatre jeunes hommes du quartier ont volontairement suivi une formation et accepté d’être d’astreinte une semaine sur quatre pour intervenir au domicile en cas d’incendie. Une manière de modifier, à terme, le regard des gens sur les structures d’accueil pour personnes âgées, et de conserver la place de ces dernières au cœur même de la cité. « De favoriser, aussi, pour certains locataires âgés, le passage du logement individuel au domicile collectif, si besoin en est », note Pierre-Henri Daure. Le tout sans changer de voisins, ni de quartier. Par Marion Léotoing |
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